A Storia di u Vechju Liceu
Les origines
L’actuel collège Simon-Vinciguerra figure au nombre des bâtiments les plus chargés d’histoire de Bastia. Installé dans l’ancien collège des Jésuites, il est l’établissement scolaire le plus ancien de la ville et le plus vieil établissement d’enseignement secondaire de Corse.
Les Jésuites constituent un ordre religieux (la Compagnie de Jésus) fondé par Ignace de Loyola (1491-1556), et approuvé par bulle pontificale en 1540. Le fondateur avait insisté pour que les membres de la Compagnie aient un bon niveau de culture générale. Très vite l’enseignement est devenu une activité importante. En 1548, à Messine (Sicile), s’ouvre la première maison de formation pour jeunes appelée « collège ». Dans les années 1740, les Jésuites dirigent plus de 650 collèges en Europe.
Ils sont appréciés pour leurs activités de missionnaires et de pacificateurs. C’est dans cette optique qu’en 1552-1553, Ignace de Loyola envoie deux Jésuites à Bastia. Le père Silvestre Landini et son compagnon, le père Emanuel Gomes constatent les besoins spirituels et l’ignorance de la population, ils forment alors le projet d’une installation pérenne de leur ordre.
L’idée mûrit lentement car les guerres de la fin du XVIe siècle (1553-1569) désorganisent grandement la société insulaire. Par ailleurs, la réalisation d’un projet si ambitieux demande de trouver des fonds très importants.
Les débuts à Bastia
L’installation des Jésuites à Bastia pourra se concrétiser grâce à la générosité et à la piété du marquis Tomaso Raggio, noble génois qui occupait le poste de Trésorier des finances du roi d’Espagne. À sa mort en 1593, Reggio concède par testament des legs très importants aux collèges jésuites de Madrid et de Gênes ainsi qu’une rente annuelle de 400 écus d’or devant permettre de contribuer à fonder un collège dans l’ile de Corse. Le complément financier sera apporté par un autre bienfaiteur, Marc’Antonio Garbarino, riche sénateur génois, qui offrit une rente annuelle de 800 écus.
Le cumul des deux sommes étant suffisant pour assurer le fonctionnement d’un établissement, en 1601, le pape Clément VIII décide d’envoyer des pères Jésuites à Bastia pour y ouvrir un collège et fonder un couvent. Les premiers Jésuites arrivent en mission dans les premiers jours de l’année 1602. Installés provisoirement chez des particuliers, ils assument toutefois très rapidement leur responsabilité d ‘éducation. En 1605, huit Jésuites résident à Bastia et dirigent plusieurs classes, tout en effectuant des missions dans l’intérieur de l’île.
Un chantier interminable
Le 19 juin 1612, on pose la première pierre du couvent des Jésuites sur un vaste terrain public appartenant à la Sérénissime République de Gênes. Le domaine se trouve dans le voisinage immédiat des Trè Funtane (actuelle fontaine des Jésuites, rue Chanoine-Letteron). Le plan est signé de la main du père Antonio Bernabò (1553-1634), recteur du collège de Gênes. Quelques années plus tard, le même personnage signera les plans du collège d’Ajaccio.
Ignace de Loyola est béatifié par le pape Paul V en 1609. Les Jésuites bastiais se démontrent alors très désireux de placer leur nouvelle église sous le vocable du bienheureux. Le fait n’est pas courant, car on juge plus convenable de placer les églises sous la titulature d’un saint. Cet usage sera d’ailleurs formellement imposé en 1740. L’église de Bastia est donc la première de la chrétienté à avoir été dédiée à Ignace de Loyola, avant même sa canonisation (en 1622). Les travaux de construction sont longs à se mettre en place, car le projet initial, jugé trop coûteux, doit être simplifié plusieurs fois.
L’idée de départ était de construire un complexe architectural de plan quadrangulaire, divisé en 4 quartiers distincts, dont trois seraient organisés autour d’une cour (cour des élèves, cour des religieux, basse cour). Du côté de la rue, seraient implantés un quartier occupé par une grande église et un autre consacré au collège des étudiants (constitué d’une enfilade de salles de classe). En arrière, côté jardin, on prévoit d’installer un quartier bien isolé pour les religieux (comportant leurs cellules) et un autre pour les communs (cuisines, réserves, ateliers). Le plan finalement retenu simplifie les différentes ailes. On supprime des corps de bâtiment en implantant les cellules des religieux au-dessus des salles du collège. Le complexe n’est pas encore achevé qu’il est modifié en cours de chantier. En 1619, les lieux sont encore inhabitables et les pères ne peuvent toujours pas s’y installer. En 1629, le Provincial des Jésuites décide que l’on s’en tiendra rigoureusement à la dernière version approuvée du plan. Il décide de mettre en chantier les salles de classe des ailes Est et Nord qui fermeront la cour mais qu’avant toute chose, on terminera la grande salle, afin que les pères puissent enfin s’installer.
En 1647, deux salles de classe existent côté nord, mais les trois de la façade Est restent encore à faire. Il faudra attendre 1680 pour l’ouverture officielle des locaux du collège.
La genèse d’une grande église
Au début du chantier, en attendant la construction d’une église monumentale, on avait aménagé une chapelle dans l’aile Nord, en rez-de-chaussée des salles de classe (la chiesa vecchia).
La grande église (chiesa nuova, ou chiesa maggiore) que l’on ambitionne de construire suit les mêmes tâtonnements que le reste des bâtiments conventuels. Le premier projet prévoit 10 chapelles latérales et trois portes en façade, finalement on optera pour 12 chapelles et un seul grand portail.
En 1629, le choeur et les 8 chapelles qui lui sont les plus proches sont sortis de terre. En 1635, la façade est suffisamment avancée pour recevoir un portail de marbre au-dessus duquel ont place un buste de Tomaso Raggio, disparu au début du XIX° siècle, accompagné d’une inscription commémorative.
Les religieux espèrent que la construction sera terminée en 1664, mais à la fin de l’année, la nef de l’église n’est toujours pas voûtée. Les travaux prennent beaucoup de retard à cause de difficultés financières. En 1673, la charpente du toit n’est pas encore posée et la voûte se trouve encore directement exposée à la pluie (ce qui n’empêche pas les religieux d’y célébrer des offices dans les chapelles latérales). Quant à la façade, elle n’est véritablement terminée qu’en 1708 avec la pose dans la niche gauche d’une grande statue de saint Ignace, offerte par le gouverneur Gerolamo Veneroso.
Une histoire longue et mouvementée
À Bastia, les Jésuites assurent l’enseignement secondaire durant la période génoise. Les religieux enseignent les humanités (latin, grec), la grammaire, la rhétorique et la théologie morale. À partir de 1701, on ajoute la philosophie à cet enseignement.
En 1768, la Corse change de souveraineté et les affaires passent aux mains de la France. C’est alors que tous les Jésuites sont précipitamment expulsés de l’île, car leur ordre était banni du territoire du royaume de France depuis 1762. Au moment de leur départ, les religieux avaient en charge les études de 90 élèves. Louis XV décide de maintenir ouvert l’établissement d’enseignement. De 1770 à 1785, la gestion en est confiée à des prêtres séculiers. Puis, de 1785 à 1792, Il est fait appel aux prêtres de la congrégation des Doctrinaires.
La Révolution ferme les dix couvents que comptait la ville. Parmi ceux-ci, l’établissement des Jésuites et son collage. Une loi adoptée à Paris le 10 juillet 1791 transfère à l’état la pleine propriété des édifices religieux, notamment celle des couvents des ordres supprimés.
De 1798 à 1802, l’administration départementale fait rouvrir les locaux sous le nom d’École Centrale. Une Ecole Secondaire, financée par la Ville, prend ensuite le relais.
Sous le Premier Empire, Napoléon confère à l’établissement le statut de Palais Sénatorial et consacre des sommes considérables pour l’aménagement de somptueux appartements destinés au sénateur de la Corse : le général comte Raphaël de Casabianca. Les élèves de l’Ecole Centrale sont contraints de quitter les locaux de la Sénatorerie pour s’installer dans l’ancien couvent Sainte-Elisabeth.
Sous la Restauration, dans les années 1820, le bâtiment est de nouveau affecté à l’enseignement secondaire. Sous le règne de Louis-Philippe, le 8 février 1832, la Ville de Bastia achète l’ancien couvent des Jésuites à l’État. Elle fait réaliser d’importants travaux d’aménagement pour moderniser le collège et pour pouvoir y transférer ses services, installés à l’étroit dans l’ancien couvent des Missionnaires (actuel Lycée Jean-Nicoli). Après la fin des premiers travaux (en 1836), l’ancien couvent des Jésuites accueille la Mairie, le Bureau de Police et la Bibliothèque Municipale. En outre, les lieux hébergent le Tribunal de Première Instance.
Par arrêté du 30 mars 1838, le Ministre de l’Instruction Publique érige une académie en Corse. Aussitôt, Bastia se porte candidate pour en être le chef-lieu et accueillir un grand établissement d’enseignement secondaire. Sollicité par les Bastiais, le Duc d’Orléans apporte son appui personnel au projet et obtient l’adhésion du Ministre.
Une ordonnance, du 24 août 1838, érige le collège municipal en Collège Royal.
Afin de pouvoir accueillir des étudiants provenant de toute l’île, on décide de doter les bâtiments de deux étages supplémentaires. En 1841, au sein du collège, on institue un cours préparatoire aux écoles supérieures (écoles militaire, navale, forestière). Le 27 décembre 1842, le roi Louis-Philippe signe officiellement l’ordonnance d’ouverture du Collège Royal de Bastia, elle devient effective à la rentrée suivante, le 1er octobre 1843.
Sous la Deuxième République (1848-1852), le Collège Royal prend le nom de lycée.
Sous le règne de Napoléon III (de 1852 à 1870), l’établissement porte le nom de Lycée Impérial. Financé par l’Etat, comme partout en France, il est destiné à former les élites de la nation. Les lycéens portent un uniforme de drap bleu sombre, des palmes académiques sont brodées au fil d’or sur le collet. La boucle du ceinturon et les boutons de cuivre doré porte une figuration de l’aigle impérial et l’inscription « Lycée Impérial de Bastia ». Ils portent également un képi en drap bleu avec liseré et macaron doré.
À partir de 1857, trois religieuses de l’ordre des sœurs de Saint-Joseph sont attachées au Lycée Impérial de Bastia. On leur confie la gestion de l’infirmerie et de la lingerie.
Le lycée de Bastia compte un nombre croissant d’élèves, provenant essentiellement de la moitié nord de la Corse mais aussi du sud (d’Ajaccio, Bonifacio, Sartène) ou appartenant à des familles corses fixées en Amérique Latine (Porto Rico, Mexique, Venezuela). En 1875, on dénombre un total de 459 élèves inscrits en début d’année. De plus en plus, le manque de place se fait sentir et amène les responsables à décider la réalisation d’un bâtiment annexe pour y regrouper les plus jeunes élèves, qu’il est souhaitable de tenir éloignés des grands.
À la fin de l’année 1880, le projet « de construction d’un petit collège dans la cour des moyens au lycée de Bastia » est approuvé et les travaux sont mis en adjudication. Les travaux s’avèrent plus délicats que prévu car il faut descendre très profond dans le terrain meuble pour y établir des fondations solides. C’est seulement en juin 1884 que l’on procéda à la réception définitive du nouveau corps de bâtiment (actuelle école Gaudin).
Dans les années 1880, l’enseignement primaire devient gratuit, obligatoire et laïc. La loi Camille Sée (1880) permet l’ouverture de quelques lycées de jeunes filles. En Corse, les filles restent défavorisées par rapport aux garçons car elles ne bénéficient pas d’un enseignement secondaire public. En 1885, le proviseur du lycée organise une classe préparatoire pour les filles de 12 à 15 ans. Ce qui se veut un prélude à la création d’un collège de jeunes filles. La ville soutient financièrement l’opération et dès la première année le cours secondaire de jeunes filles compte 67 élèves. Plus tard, en 1890, le retrait de la subvention de l’État conduira à la fermeture du cours secondaire des jeunes filles, ce qui conférera à Bastia un très grand retard dans ce domaine pendant au moins deux décennies.
Le Conseil Municipal vote des crédits pour contribuer aux frais de création d’un cours préparatoire à la prestigieuse école militaire de Saint Cyr, il ouvre à la rentrée scolaire d’octobre 1888.
Le choc des deux conflits mondiaux
Le 30 septembre 1914, les bâtiments du Lycée sont réquisitionnés afin de le transformer en hôpital militaire. La capacité de l’internat (200 lits) est portée à 500 lits. Les élèves suivent leurs cours hors les murs, dans des locaux improvisés. Après la Première Guerre, les lycéens réinvestissent les lieux.
Durant les années 1930, les proviseurs successifs ne cessent de souligner que les effectifs du Lycée ne sont plus compatibles avec la surface offerte par l’établissement.
On imagine créer un grand centre d’instruction, regroupant à la fois les études secondaire, primaire supérieure et d’enseignement technique. La configuration de l’ancien couvent des Jésuites ne pouvant pas permettre à la municipalité d’accueillir cet ambitieux projet, on songe à construire un grand établissement sur un terrain dominant la ville. Des complications administratives en termes de rachat des parcelles et l’éclatement de la guerre à la fin de la décennie conduisent à mettre ce dossier entre parenthèses.
Les bombardements aériens de la Seconde Guerre Mondiale (septembre et octobre 1943) se révèlent extrêmement lourds. Le Lycée a subi des pertes matérielles particulièrement importantes : la totalité de l’aile nord, contenant la bibliothèque, e été soufflée par les bombes.
De l’après-guerre à nos jours
Au lendemain de la guerre, il devient urgent de repenser l’organisation et la répartition géographique des différents établissements d’enseignement de la ville. En 1946, sous l’impulsion de Paul Giacobbi, alors Ministre de l’Éducation Nationale, une solution est proposée pour le redéploiement du lycée de Bastia. On décide de le déplacer dans les locaux de la caserne Marbeuf. En 1947, la propriété de la caserne est effectivement transférée au ministère de l’Éducation nationale et dans les années 1950, les lieux sont aménagés pour les mettre en conformité avec leur nouvelle affectation.
En 1966, le lycée étant trop à l’étroit pour poursuivre ses missions, les élèves quittent définitivement l’établissement pour s’installer dans le nouveau Lycée Marbeuf. L’ancien couvent des Jésuites redevient un collège et prend le nom de « Collège du Vieux Lycée ».
Depuis 1992, le Collège porte le nom d’un personnage historique dont le parcours est lié à l’établissement. Simon Vinciguerra (1903-1971), interne au lycée de Bastia, bachelier en 1923, poursuit ses études universitaires à Aix-en-Provence. Il devient professeur d’histoire et de géographie au Lycée de Bastia où il enseigne jusqu’en 1964. Auteur de poèmes, de comédies folkloriques et musicales, d’écrits sur l’histoire populaire de la Corse, Simon Vinciguerra fut aussi un grand résistant qui contribua activement à la libération de Bastia en 1943. De nos jours, le collège Simon-Vinciguerra accueille un nombre moyen de 450 élèves.
